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Maladie : pourquoi il est souvent urgent d’attendre

Lorsqu'un médecin tombe malade, on imagine souvent qu'il sait tout de suite quel médicament prendre, ou à quel expert s'adresser pour se faire opérer. 
C'est son métier. Il fait ça tous les jours. Pourquoi perdre du temps quand il s'agit de lui-même ? 
Et pourtant, la plupart des médecins font exactement le contraire
Plus un médecin est expérimenté, plus il prend son temps
Il ne va pas se jeter sur l'armoire à pharmacie ; ni courir au bloc-opératoire. 
Durant sa longue carrière, il en a vu, des bizarreries. Des personnes qui, terriblement malades un matin, se portaient comme un charme le lendemain.
Des douleurs qui apparaissent… et qui disparaissent. Des analyses sanguines présentant des taux dramatiques… parce que la secrétaire avait fait une faute de frappe, parce que l'ordinateur était mal paramétré. 
Il sait que, si c'est possible, la meilleure solution est souvent d'attendre un peu. "Wait and see", disent les Anglais ("Attends, et vois ce qui se passe "). 

La tentation d'agir (trop) vite
Quand on souffre, on est impatient d'être "pris en charge".
On trouve que ça ne va jamais assez vite ; on voudrait recevoir vite ses médicaments, être opéré en urgence, et on s'énerve que les médecins prennent leur temps.
Mais ce n'est pas de la cruauté, ni de la paresse de leur part.
Ils prennent leur temps parce que c'est indispensable.
L'important, pour votre bien, ce n'est pas toujours de vous donner un médicament ou de vous opérer au plus vite.
Bien souvent, l'important c'est de s'assurer que les symptômes se confirment. Que l'évolution de la maladie valide le diagnostic. Que le traitement qu'on envisage est le bon.
L'important, c'est de ne pas commettre d'erreur médicale irréparable en agissant dans la précipitation.
Les médecins ont même un dicton pour cela, qui est le premier article du serment d'Hippocrate : Primum non nocere, qui se traduit en français par "d'abord ne pas nuire".
Il y a toujours un intérêt supplémentaire à attendre, en médecine : l'espoir que les choses rentrent dans l'ordre toutes seules, sans qu'on ait besoin de courir le moindre risque, en laissant agir les forces d'autoguérison du corps.
C'est toujours la solution idéale, parce que le corps est son meilleur médecin, mais souvent cela demande du temps. 

Votre médecin ne choisit pas entre vous guérir et vous laisser malade
Votre médecin ne choisit pas entre vous guérir et vous laisser malade.
Le choix qu'il doit faire est le suivant : "Monsieur Durand a-t-il plus de chances d'aller mieux globalement si je le traite ou si je le laisse comme ça ?"
Et la réponse, malheureusement, n'est pas toujours simple… 

Petit exercice pour vous mettre à la place de votre médecin
Pour vous aider à vous mettre à la place de votre médecin, faites le petit exercice d'imagination suivant :
Imaginez que vous êtes un jeune parent.
Votre enfant de 4 ans se réveille en pleine nuit en hurlant qu'il a mal au ventre. C'est la première fois que cela se produit.
Au bout d'une heure, les cris ne s'arrêtent pas. L'angoisse monte. Vous vous demandez s'il faut vous habiller et l'emmener aux urgences. 
"Dans le doute, mieux vaut ne pas courir de risque inutile", vous direz-vous. "Tant pis pour mon travail et pour l'école, allons aux urgences." "On n'est jamais trop prudent."
Et pourtant, et pourtant…
Il fait nuit. Vous êtes fatigué. Les routes sont verglacées, et vous allez devoir conduire 30 km jusqu'à l'hôpital.
Dans la salle d'attente, vous serez parmi une foule de malades. Peut-être y en aura-t-il un qui a la tuberculose ou une autre maladie infectieuse grave. Vous n'en savez rien. Personne n'en sait rien

Le mal de ventre ne faisant pas partie des urgences qui passent avant les accidents de la route ou les infarctus, vous allez très probablement attendre plusieurs heures. Dans les hôpitaux, il y a de plus en plus de germes résistants aux antibiotiques. Votre enfant sera examiné par un urgentiste de service, qui ne le connaît pas, que vous ne connaissez pas. Vu l'organisation actuelle de nos hôpitaux, il est fort possible que cet urgentiste soit exténué, qu'il n'ait plus dormi depuis 36 heures. 
Il peut se tromper en examinant votre enfant. L'envoyer faire une radio parce que lui-même préfère aussi « ne pas prendre de risque inutile ». Moyennant quoi votre enfant se prendra une bonne dose de rayons radio-actifs, peut-être pour rien. 
Au bout du compte, la question pour vous n'est pas "dois-je soigner mon enfant ou non ?". La question est : "qu'est-ce qui est le meilleur pour lui ?"
Qu'est-ce qui est le plus risqué ? Le garder encore un peu dans votre lit avec une bouillotte sur le ventre, une tisane de fenouil et un bon massage, en attendant qu'ouvre le cabinet de votre médecin traitant ? Ou partir maintenant aux urgences ? 
Ce choix que vous devez faire est difficile. Il n'y a pas de réponse toute faite. 
Mais ne vous y trompez pas, c'est le même problème qui se pose régulièrement à votre médecin. Il doit réfléchir entre plusieurs options. Aucune n'est évidente. Il n'y a pas de solution toute faite. Faut-il traiter, ou attendre ? 
Prudencesagessebon sens sont les maîtres mots, ainsi qu'une bonne connaissance des priorités de son patient. 

Check-list à remplir avant d’aller chez un spécialiste
Avant de vous précipiter pour subir un traitement, prenez le temps de faire une « check-list » de vos priorités.
Imaginez une patiente, Madame Roussel. Elle a de l'arthrose au genou, ce qui la prive de sa plus grande passion, le jardinage.
La solution paraît simple : lui mettre une prothèse du genou !
Mais attention. Si son but premier est de refaire du jardinage, la prothèse du genou n’est pas la meilleure solution.
Une prothèse du genou implique une opération chirurgicale risquée qui peut vous empêcher définitivement de vous agenouiller.
Pour Madame Roussel, il existe une solution beaucoup plus sûre : installer des bacs à fleur à sa hauteur, et s'équiper d'outils de jardinage à long manche. De cette façon, elle est sûre d’atteindre son objectif, qui est de pouvoir jardiner.
Avant d'aller voir votre médecin, ou un spécialiste qui ne connaît pas bien vos priorités, prenez le temps d'écrire sur une feuille de papier quels sont vos problèmes, vos priorités, vos inquiétudes. Avant d'accepter un traitement, prenez votre temps pour réfléchir et consultez votre famille, vos amis, pour essayer de répondre aux questions suivantes :

  • Quel est le problème qui me gêne le plus ? 

  • Mon médecin est-il bien conscient de ce problème ? 

  • Ce traitement concerne-t-il seulement la maladie, ou va-t-il aussi résoudre ce problème ? 

  • Est-ce que je suis bien informé des chances que cela aille mieux, et des risques que cela empire ?

    Une fois que vous avez bien répondu à ces questions, passez aux suivantes :
  • Est-ce que je suis sûr de vouloir ce traitement, et vais-je le regretter si cela se passe mal ? Vais-je m'en vouloir d'avoir couru un risque qui, au fond, ne me paraissait pas valoir la peine ? 

  • Quelle est l'urgence d'agir ? 

  • Qu'ont fait les personnes qui se trouvaient dans ma situation (les forums Internet comme ceux de Doctissimo sont très instructifs à ce sujet ; non pour remplacer le médecin, mais pour écouter des avis de patients) ? 

  • Et enfin, et seulement enfin : où et par qui me faire opérer ?

Ce n'est pas de la théorie : dans ma famille proche, nous avons connu récemment un cas dramatique. 
C’est un enfant qui avait un problème au cœur. Les médecins ont voulu l'opérer, et il est mort. Après sa mort, il s'est avéré que les médecins avaient jugé l'opération nécessaire parce que cet enfant était essoufflé et qu'il ne pourrait pas faire de sport à l'école. Mais lui était un grand lecteur, un musicien, très calme. Ce n'était pas très grave pour lui de ne pas faire de sport ! Si ses parents avaient compris que sa vie était mise en danger pour cela, ils auraient refusé l'opération, et leur enfant vivrait peut-être toujours. 
A bon entendeur, salut. 

Jean-Marc Dupuis